Français Interviu Nr. 229-230

Entretien avec Laura Lindstedt, l’auteure du roman „Mon amie Natalia”

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Le roman „Mon amie Natalia” de Laura Lindstedt vient de paraître aux Editions Humanitas Fiction – „Prietena mea Natalia” (traduit du finnois en roumain par Sigrid Crăsnean). À cette occasion, l’écrivaine finlandaise Laura Lindstedt a eu la gentillesse de me répondre à quelques questions autour de son excellent roman. (Adina Dinițoiu)

 

„La thérapie devrait représenter un lieu libre de lutte de pouvoir”

 

Au-delà de l’histoire proprement-dite (ingénieuse et audacieuse) – Natalia, une nymphomane, va chez le psy – ton roman « Mon amie Natalia » est en fait un métaroman, un roman au second degré, qui devient un jeu d’idées spectaculaire, qui déconstruit beaucoup de stéréotypes de la société. Ma première question porte sur le discours féministe du livre, très intelligent et plein d’humour – et bien sûr très documenté, à en juger selon la liste des livres de Natalia, donnée à la fin du livre (Simone de Beauvoir, Judith Butler, Hélène Cixous etc.). Ce discours était présent aussi dans « Oneiron ». Est-ce que tu te considères une écrivaine féministe assumée ?

Quand j’écris, je veux être en contact avec les sédiments des pensées différentes – non seulement celui du discours féministe. Dans la bibliothèque de Natalia vous trouvez aussi, entre autres, Philip Roth, Paul Valéry et Tennessee Williams, qui ne sont pas compris habituellement dans le canon des écrivain(e)s féministes. On pourrait dire qu’en tant qu’écrivaine j’ai plutôt l’intention de déconstruire le « comme il faut », le dogmatisme de la pensée, de faire heurter les idéologies diverses. Sinon, l’œuvre achevée ne serait que de la propagande.

Mais oui, je crois que „Mon amie Natalia” touche aux thèmes chers aux féministes qui se concentrent sur la différence sexuelle (Cixous, Irigaray, etc.).

Un des rapports de forces que le livre met en discussion est la relation entre le psychologue et le patient(e) (appelé même client(e), à cause de la séance payée). Le narrateur (le psy) parle d’une échange entre eux comme un jeu de tennis (l’ancien jeu de paume, je dirais), une sorte de match continuel. Qui l’emporte ? Penses-tu que la thérapie soit parfois une relation de pouvoir contraignante et même arrogante ?

Dans la vraie vie, la thérapie devrait représenter un lieu libre de lutte de pouvoir. La relation entre le/la thérapeute et le/la client(e) est jamais symétrique, c.-à.-d. mutuelle, réciproque. Évidemment, le/la client(e)a « le droit » de se conduire presque comme il/elle veut, même être arrogant(e) et incapable de coopérer, mais le/la thérapeute doit tenir sa pertinence. C’est là, la condition primordiale pour l’espace sécurisé de la thérapie favorable à la guérison.

Quant à la fiction, elle est soumise à des lois tout à fait différentes par rapport à la vie quotidienne. L’incompatibilité des besoins des personnages et des interprétations faites par eux constitue le moyen traditionnel pour éveiller le désir de lecture. En un mot, il s’agit du conflit narratif. Dans „Mon amie Natalia” j’en ai utilisé comme une force motrice pour l’écriture.

Un autre rapport de forces questionné : la relation femme-homme dans la société. Pourquoi on ne sait pas si le psy est un homme ou une femme ? (pour éviter ce rapport de forces peut-être ?)

Si le psy de mon roman était défini par moi comme un homme ou comme une femme, la lecture serait dirigée par les stéréotypies de genre, qui pour leur part pourraient restreindre l’interprétation du roman. Mon but en tant qu’écrivaine est d’élargir la sphère des possibilités, des virtualités. Je vise à enrichir les significations, au lieu de les appauvrir.

 

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L’écriture romanesque montre une vraie passion pour le langage : jeux de mots, tournures poétiques et même surréalistes. Cela te vient de l’espace culturel français ?

Dans „Mon amie Natalia”, je prends la plupart des jeux langagiers sur le finnois et ses étymologies – qui a posé, soit dit en passant, un défi quelconque aux traducteurs. Puisque le psy, le narrateur du roman, admire tout ce qui est compris dans la culture française, il/elle présente des calembours français (comme la maxime « Grand pêcheur devant l’Éternel »). Il/elle les considère comme supérieurs aux jeux de mots finlandais. Ça c’est mon clin d’œil à la poetique de Nathalie Sarraute, sur laquelle je suis en train de parachever ma thèse de doctorat.

Quel est le rôle de l’art – et en particulier du tableau (qui se trouve dans la chambre du psy et qui a appartenu à la grand-mère deNatalia) – dans cette histoire ? (Personnellement, je lui trouve – au tableau – un côté policier.)

À l’aide des arts visuels, soit les peintures vraies („My Men” de Niki de Saint Phalle) ou les peintures fictives („Bouchoreille” d’Elise Watteauville), j’ai tenté d’approfondir l’aspect visuel, voire sensuel, de mon roman. Au niveau général, je veux être en contact avec l’histoire des arts différents via mon écriture pour faire voir les stratifications culturelles qui nous forment comme êtres humains conscients. Cette idée est équivalente à la méthode thérapeutique preséntée dans „Mon amie Natalia”. Le psy a développé un programme de réadaptation, à l’aide duquel il/elle essaie de rétablir la vie sexuelle de Natalia : « Nous mettrons au jour la surface de différentes strates et stratifierons encore davantage. » 

Tes romans sont très dramatiques, théâtraux, on pourrait les mettre en scène. Pourquoi as-tu choisi cette forme d’écriture ?

Pour moi, l’art du roman est principal. Dans le cadre du roman on peut faire n’importe quoi, donc le roman représente pour moi la liberté fondamentale. Ce sentiment de liberté n’est pas en contradiction avec les restrictions volontaires (p.ex. les contraintes oulipiennes) de l’écriture. Il y en a toujours, sommes-nous conscients de ce fait ou non.

Peux-tu nous parler un peu de tes modèles ou influences littéraires ? Est-ce qu’il y a des auteurs/des autrices finlandais(es) qui t’ont marquée ?

Parmi des auteurs et autrices finlandais(es) contemporaines, j’aime beaucoup lire les œuvres de Marjo Niemi, Anu Kaaja, Eino Santanen, Monika Fagerholm… Parmi des décédé(e)s, Marja-Liisa Vartio et Volter Kilpi, entre autres bien sûr.

Quelle a été donc la réception du roman ? Je trouve que « Mon amie Natalia » a eu un vrai succès au-delà du pays (publication chez Gallimard, traductions, chroniques aux Etats-Unis etc.)

Je suis heureuse de chaque critique, de chaque article de blog ou chaque post d’instagram, qui me prouvent que mon œuvre traduite dans les langues différentes a été reçue. En même temps j’essaie de ne pas prêter trôp attention à la réception – ça pourrait paralyser ma créativité.

Peux-tu nous dévoiler quel sera ton nouveau projet littéraire ?

Mon prochain projet littéraire sera publié en janvier 2022. Il s’agit d’une œuvre de collaboration écrite avec ma collégue Sinikka Vuola. En français notre œuvre s’appelerait quelque chose comme « Cent et une façons de tuer un mari – le mystère procédural d’un meurtre». L’une des inspirations pour notre œuvre a été évidemment les „Exercices de style” (1947) de Raymond Queneau.

Le roman „Mon amie Natalia” vient de paraître aux Editions Humanitas Fiction – „Prietena mea Natalia” (traducere din finlandeză de Sigrid Crăsnean)

Photo: @Laura Malmivaara

Propos recueillis par Adina Dinițoiu

 

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Despre autor

Adina Dinițoiu

Critic literar, jurnalist cultural și traducător din franceză, redactor la „Observator cultural”. Colaborează/a colaborat cu cronică literară la „Dilema veche”, „Dilemateca”, „România literară”, „Radio Romania Cultural”, „Bookaholic” etc. Este autoarea cărților „Proza lui Mircea Nedelciu. Puterile literaturii în fața politicului și a morții”, Editura Tracus Arte, 2011, şi „Scriitori francezi la Bucureşti (interviuri)”, Editura Vremea, 2014. În 2019, a coordonat, alături de Raul Popescu, volumul „Nume de cod: Flash fiction. Antologie Literomania de proză scurtă” (Editura Paralela 45, 2019). A tradus din franceză: „Opiul intelectualilor” de Raymond Aron (Editura Curtea Veche, 2007), „Antimodernii. De la Joseph de Maistre la Roland Barthes” de Antoine Compagnon (Editura Art, 2008, în colaborare cu Irina Mavrodin), „Sentimentul de impostură” de Belinda Cannone (Editura Art, 2009), „Patul răvăşit” de Françoise Sagan (Editura Art, 2012), „Ţara aceasta care-ţi seamănă” de Tobie Nathan (Editura Ibu Publishing, 2016, în colaborare cu Jianca Ştefan), „Un anume domn Piekielny” de François-Henri Désérable (Humanitas Fiction, 2018). Textele sale pot fi găsite și pe blogul personal: http://adinadinitoiu.blogspot.ro

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